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Nicolas Doger
mise à jour le
8 min.
« Concentre-toi ! », « Arrête de t'énerver ! », « Reste dans le match ! », « Ne lâche rien ! » — ces phrases, entendues sur tous les terrains, partent d'une bonne intention. Mais une question mérite d'être posée : concrètement, comment fait-on ?
1. Comprendre avant de vouloir corriger
2. L'honnêteté, véritable point de départ du travail mental
3. Être responsable, ce n'est pas être coupable
4. Accepter l'erreur pour pouvoir progresser
5. Un objectif qui donne du sens à l'effort
6. La responsabilité au service de la performance
1. Comprendre avant de vouloir corriger
Dire à un joueur de se concentrer ne lui donne pas nécessairement les moyens de retrouver sa concentration. Lui demander de ne plus s'énerver ne lui permet pas automatiquement de réguler ses émotions. Derrière ces injonctions se trouve une question essentielle en préparation mentale : que se passe-t-il réellement à l'intérieur du joueur lorsqu'il n'arrive plus à mobiliser les ressources dont il dispose habituellement ? Et surtout, lui a-t-on déjà posé la question ?
Lorsqu'un sportif rencontre une difficulté en compétition, les explications viennent souvent très rapidement :
« Je ne sais pas ce qui m'arrive. »
« Il y a trop de vent. »
« Le terrain est pourri. »
« Mon adversaire ne fait que de la chance. »
« L'arbitre ne voit rien. »
Ces éléments existent parfois réellement. Mais ils ne permettent pas nécessairement de comprendre ce qui se passe mentalement chez le joueur — ils peuvent même devenir une manière de déplacer la responsabilité vers l'extérieur. Le travail de préparation mentale commence alors par une démarche plus exigeante : observer les faits, accepter ce qui est et chercher ce qui dépend réellement de soi. C'est ce que j'appelle une démarche d'honnêteté.
2. L'honnêteté, véritable point de départ du travail mental
Être honnête avec soi-même ne signifie pas se juger ou se dévaloriser. C'est, au contraire, accepter de regarder la réalité telle qu'elle est : ne pas tricher, ne pas chercher systématiquement une explication extérieure, ne pas se raconter une histoire qui nous permettrait de protéger notre ego. Se regarder dans la glace et accepter de collaborer avec soi-même.
Dans le sport comme dans l'entreprise, cette démarche est fondamentale : accepter qui l'on est, avec ses qualités, ses points de vigilance, son histoire, ses valeurs, ses besoins, ses émotions et ses objectifs. Il ne s'agit pas de devenir quelqu'un d'autre, mais de mieux comprendre son propre fonctionnement pour utiliser ses ressources au moment où elles sont nécessaires. C'est là que le Coaching Mental prend tout son sens.
« Tu auras beaucoup plus de résultats en jouant avec toi que contre toi »
Combien de sportifs dépensent une énergie considérable à lutter contre eux-mêmes : ils ratent un coup et s'insultent, perdent un point et pensent déjà au suivant, ressentent du stress et cherchent à le supprimer. Progressivement, leur énergie mentale n'est plus consacrée à la performance, mais à combattre leur propre fonctionnement.
3. Être responsable, ce n'est pas être coupable
Ce qui dépend de nous, ce qui n'en dépend pas
Un joueur ne contrôle pas le vent, l'arbitrage, le niveau de son adversaire ou la réussite de l'autre. Il ne contrôle pas non plus toutes ses émotions ni toutes les pensées qui traversent son esprit. En revanche, il peut progressivement apprendre à identifier ce qui dépend de lui.
Que peut-il faire maintenant ?
Quelle attitude souhaite-t-il adopter ?
Sur quoi peut-il porter son attention ?
De quelle ressource a-t-il besoin ?
La responsabilité commence précisément ici : ne plus chercher uniquement ce qui explique pourquoi cela ne fonctionne pas, mais chercher ce que je peux faire pour que cela fonctionne mieux.
Arrêter de se trouver des excuses
La recherche d'excuses peut être confortable à court terme, mais elle nous prive de notre capacité d'action : si tout vient de l'extérieur, alors je n'ai aucune prise. À l'inverse, lorsqu'un sportif accepte de regarder ce qui dépend de lui, il récupère une marge de manœuvre. La responsabilité redonne du pouvoir d'action : elle permet de passer de « Pourquoi cela m'arrive-t-il ? » à « Qu'est-ce que je peux faire maintenant ? ». Cette différence peut sembler minime — mentalement, elle est considérable.
4. Accepter l'erreur pour pouvoir progresser
Un sportif qui refuse de reconnaître une erreur ne peut pas réellement travailler dessus. Reconnaître une erreur ne signifie pas se juger : cela signifie simplement constater « voilà ce qui s'est passé », puis se demander « qu'est-ce que j'en fais ? ». L'erreur devient alors une information qui permet d'observer, de comprendre, de corriger et de progresser.
L'objectif n'est donc pas de construire un sportif qui ne fait plus d'erreurs — cela n'existe pas — mais un sportif capable de revenir plus rapidement dans l'action après une erreur. Et parfois, la meilleure réponse mentale n'est pas de chercher à comprendre pendant plusieurs minutes pourquoi elle s'est produite, mais simplement de se demander : « de quoi ai-je besoin maintenant ? »
Observer mon comportement
Identifier mes réactions et mes déclencheurs
Travailler sur mes pensées et mes émotions
Expérimenter de nouvelles stratégies
Recommencer
La préparation mentale n'est donc pas une recherche de perfection, c'est une démarche d'apprentissage : observer ? comprendre ? accepter ? agir ? ajuster ? recommencer.
5. Un objectif qui donne du sens à l'effort
Pourquoi accepter cet effort ?
Être responsable, accepter ses erreurs et travailler sur soi demande de l'énergie. Pourquoi continuer lorsque les résultats ne sont pas immédiatement visibles ? Parce qu'il existe quelque chose qui donne du sens à cette démarche : un objectif suffisamment puissant. Le rêve donne une direction, l'objectif permet de la rendre concrète, et le plan d'action transforme cette ambition en comportements quotidiens.
La motivation ne se décrète pas
On entend souvent « il faut être motivé ». Mais la motivation ne se commande pas simplement : elle se construit et s'entretient. Un sportif peut avoir un objectif, mais ne plus parvenir à trouver de plaisir dans son quotidien, ou se retrouver sans véritable direction après avoir atteint un premier but. Le travail mental consiste alors aussi à questionner : pourquoi est-ce que je fais tout cela ? Qu'est-ce que je veux réellement construire ? Quel sportif ai-je envie de devenir ?
Lorsqu'un objectif fait réellement sens, les efforts quotidiens prennent une autre dimension : le travail n'est plus uniquement une contrainte, il devient une étape du chemin.
6. La responsabilité au service de la performance
La responsabilité n'est pas une injonction supplémentaire que l'on impose au sportif : elle constitue une véritable ressource. Être responsable, c'est accepter de regarder les faits, reconnaître ce qui dépend de soi, ne pas se réfugier derrière des excuses, accepter l'erreur sans s'y réduire, chercher ce que l'on peut apprendre, décider de ce que l'on va mettre en place ensuite — et maintenir cette démarche dans le temps grâce à un objectif qui donne du sens à l'effort.
Mon rôle de préparateur mental n'est pas de dire à un sportif de se concentrer davantage, de ne plus s'énerver ou de rester dans le match. Mon rôle est de l'accompagner pour qu'il puisse comprendre comment il fonctionne, identifier les ressources dont il dispose et apprendre à les mobiliser dans les situations où elles sont nécessaires.
Car au fond, la performance mentale ne consiste pas à devenir quelqu'un d'autre : elle consiste à apprendre à mieux jouer avec soi-même. Et parfois, le premier pas vers la performance n'est pas de chercher à faire davantage — c'est simplement d'accepter de regarder honnêtement ce qui se passe. Pour comprendre. Pour prendre sa responsabilité. Pour agir. Pour progresser. Et surtout, pour continuer à avancer vers un objectif qui mérite réellement que l'on s'engage.