OM : Le mental des Olympiens, l’autre chantier de Bruno Genesio
Dans le football de très haut niveau, la performance sportive ne se résume pas seulement à la tactique ou à la technique : c'est un chantier global où la dimension mentale joue un rôle prépondérant.
Nicolas Doger
mise à jour le
4 min.
Comme j'ai pu l'évoquer récemment dans les colonnes de La Provence, le cerveau humain reste une machine complexe avec laquelle nous ne disposons pas de « notice » fournie à l'achat. Retrouvez l'analyse complète de cet entretien dans l'article d'origine : OM : le mental des Olympiens, l'autre chantier de Bruno Genesio.
1. Libérer le potentiel par la confiance : le grand défi marseillais
2. L'identité de jeu et la posture du staff
3. Pression, attentes et la face cachée de la performance
4. Le grand piège de la confiance : la « colle » de la performance
1. Libérer le potentiel par la confiance : le grand défi marseillais
À Marseille, le contexte est unique : il n'y a ni temps d'attente ni patience excessive, on exige des résultats immédiats. Les supporters marseillais sont capables de pardonner des loupés techniques ou un match sans réussite, mais ils n'admettront jamais qu'un joueur ne se dépouille pas sur le terrain. Dans tous les clubs de l'hexagone, l'attente première des supporters se résume à une exigence fondamentale : mouiller le maillot.
Que signifie réellement « mouiller le maillot » ?
Bien plus qu'un simple effort physique pour se donner une chance de gagner, c'est une question de respect :
Respecter les valeurs du club.
Respecter l'entité et son histoire.
Respecter les supporters qui vivent pour ces couleurs.
2. L'identité de jeu et la posture du staff
Dans cette quête de performance, Bruno Genesio a pleinement conscience de ces enjeux et cherche à poser sa propre identité de jeu. Mais pour qu'un entraîneur puisse imprimer sa marque, il a besoin d'une vraie liberté de management, de recrutement et de pilotage de son groupe.
Dans mon expérience en préparation mentale notamment à travers la méthode ACCEDER aux côtés de Pier Gauthier , j'ai pu observer que la frontière entre la direction technique, la présidence et la gestion quotidienne du vestiaire est parfois mince. Or, un entraîneur doit pouvoir tisser une relation individuelle forte avec ses joueurs tout en portant un leadership global.
Les joueurs s'identifient certes à un discours ou à une politique sportive, mais ils s'identifient d'abord à l'humain. Cet humain, c'est en premier lieu le staff technique. C' pourquoi mon travail commence systématiquement par un accompagnement du staff : identifier les objectifs de chacun, aligner la vision du club et développer un mode de pensée individuel et collectif propice à la haute performance et à l'entrée dans l'état de Flow.
3. Pression, attentes et la face cachée de la performance
Bruno Genesio souhaite naturellement le meilleur pour son groupe, mais tout ne dépend pas uniquement de lui. En cas de contre-performance, le premier fusible à sauter est presque toujours l'entraîneur. Pourtant, la réussite d'un club de haut niveau ne repose pas sur ses seules épaules.
Il existe toute une part invisible sur laquelle repose l'édifice :
Les décisions politico-sportives de la direction.
La gestion médicale, physique et la récupération.
L'accompagnement nutritionnel.
La gestion des sollicitations médiatiques.
Toutes ces sphères doivent fonctionner en parfaite cohérence avec l'objectif collectif. D'un point de vue mental, il est indispensable de sonder le ressenti individuel de chaque joueur : savoir comment il se positionne par rapport à ses propres objectifs et par rapport au groupe.
4. Le grand piège de la confiance : la « colle » de la performance
Abordons maintenant un paradoxe majeur que l'on entend trop souvent dans le milieu du football. Écoutez n'importe quel joueur ou entraîneur de Ligue 1 après une victoire, et vous l'entendrez affirmer : « Il était important que l'on gagne ce soir pour retrouver de la confiance. »
Pourtant, posons-nous la question : Si la confiance se développe en gagnant et en réussissant, alors comment fait-on pour gagner en premier lieu ? Si l'on attend un résultat brut pour s'autoriser à avoir confiance, il y a une faille fondamentale dans notre approche de la performance.
98 %
Le piège classique
La grande majorité attend que le résultat tombe pour valider leur valeur et ressentir de la confiance. À l'OM, l'attente risque d'être longue.
2 %
Les très grands champions
Ils n'attendent pas le tableau d'affichage. C'est parce qu'ils osent l'action et ont confiance en leurs ressources qu'ils obtiennent des résultats.
Conclusion
Le premier chantier mental pour l'Olympique de Marseille consiste donc à recalibrer cette notion d'objectifs et à inverser ce paradigme de la confiance. Avec son expérience et sa valeur humaine indiscutable, Bruno Genesio possède les clés pour guider ce groupe.