Objectif et acceptation : les deux piliers de la performance
Comment transformer une ambition lointaine en actions quotidiennes, et pourquoi accepter la réalité est la condition pour rester libre de jouer son jeu.
Nicolas Doger
mise à jour le
9 min.
Avoir un objectif clairement défini ne sert pas uniquement à savoir où l'on souhaite arriver. Un objectif puissant doit surtout permettre au sportif de savoir pourquoi il s'engage chaque jour dans son entraînement, et de donner du sens aux actions qu'il met en place pour progresser.
1. Du rêve à l'objectif, de l'objectif au plan d'action
2. L'objectif doit pouvoir vivre dans le quotidien
3. Accepter pour être libre de jouer son jeu
4. Accepter pour retrouver sa liberté
5. Entre ambition et acceptation : trouver le juste équilibre
1. Du rêve à l'objectif, de l'objectif au plan d'action
Le rêve représente souvent une projection à long terme :
Jouer au plus haut niveau
Devenir professionnel
Gagner un Grand Chelem
Atteindre le Top 100
Être sélectionné en équipe de France
Remporter un titre
Le rêve permet de se projeter. Il donne de l'énergie et ouvre le champ des possibles. Mais un rêve, aussi puissant soit-il, ne suffit pas à transformer la réalité. Pour devenir un véritable moteur de performance, il doit progressivement se transformer en objectif, puis en plan d'action concret.
Deux questions, pas une seule
Car la question essentielle n'est finalement pas uniquement « Où est-ce que je veux aller ? », mais également « Qu'est-ce que je dois mettre en place aujourd'hui pour me rapprocher de cet objectif ? ». C'est à ce moment-là que l'objectif prend toute sa puissance : il devient une boussole, et permet au sportif de donner du sens à une séance difficile, à une période de doute, à un travail physique parfois ingrat ou à une situation inconfortable. L'objectif de demain influence alors les comportements d'aujourd'hui.
Il ne s'agit pas nécessairement de faire plus. Il s'agit surtout de savoir quoi faire, pourquoi le faire et sur quoi porter son attention aujourd'hui. C'est toute la différence entre avoir une ambition et construire réellement les conditions permettant de l'atteindre. Le sportif ne maîtrise pas nécessairement le résultat final ; en revanche, il peut travailler sur ce qui dépend de lui, et c'est cette capacité à transformer une ambition en actions concrètes qui permet progressivement de reprendre du contrôle sur son projet.
À retenir
Le rêve donne une direction. L'objectif donne un cap. Le plan d'action donne un chemin — et ce chemin se construit dans le quotidien.
2. L'objectif doit pouvoir vivre dans le quotidien
Un objectif est d'autant plus puissant qu'il trouve une traduction concrète dans la vie quotidienne du sportif.
Si je veux devenir meilleur, qu'est-ce que cela signifie aujourd'hui ?
Si je veux atteindre un certain niveau, qu'est-ce que je dois développer ?
Si je veux performer sous pression, comment vais-je travailler cette capacité à l'entraînement ?
Si je veux accéder au haut niveau, quelles habitudes dois-je progressivement construire ?
Le travail de préparation mentale consiste notamment à permettre au sportif de faire ce lien entre son ambition et son quotidien, car il est difficile de rester engagé pendant plusieurs années sur un objectif qui reste uniquement une image lointaine. En revanche, il devient beaucoup plus concret lorsque le sportif sait identifier la prochaine action utile. L'objectif ne devient alors plus une pression supplémentaire : il devient une source de direction.
3. Accepter pour être libre de jouer son jeu
Il existe une autre condition essentielle pour pouvoir pleinement s'engager dans son projet : l'acceptation.
Accepter ne signifie pas renoncer
Accepter ne signifie pas être satisfait de la situation
Accepter ne signifie pas abandonner son ambition
L'acceptation consiste à reconnaître la réalité de la situation dans laquelle on se trouve, sans dépenser inutilement son énergie à lutter contre ce qui est déjà là. Un sportif peut, par exemple, devoir accepter une erreur qu'il vient de commettre, un adversaire qui joue particulièrement bien, des conditions de jeu difficiles, une décision arbitrale, une baisse de niveau momentanée, une émotion qui apparaît, un moment de doute, un score défavorable, ou simplement le fait que son niveau du jour ne soit pas celui qu'il souhaitait.
Cette acceptation est fondamentale car elle permet de revenir à une question beaucoup plus utile : « Maintenant que cette situation est là, qu'est-ce que j'en fais ? ». C'est à cet endroit que le sportif retrouve sa liberté d'action.
L'exemple du joueur de tennis
Prenons l'exemple d'un joueur qui vient de rater trois balles de match. S'il reste mentalement bloqué sur « Je ne devais pas rater cette balle », « Comment ai-je pu faire ça ? » ou « C'est impossible de perdre ce match maintenant », une partie de ses ressources reste tournée vers le passé, vers une réalité qu'il ne peut plus modifier.
Changer de posture
« Cette balle est ratée. C'est fait. Maintenant, de quoi ai-je besoin pour jouer le point suivant ? » Le passé ne disparaît pas, mais il cesse de dicter le point suivant.
4. Accepter pour retrouver sa liberté
La performance exige souvent de pouvoir jouer avec ce qui est présent, plutôt que d'attendre que les conditions soient parfaites. Le sportif qui cherche à supprimer toute incertitude, toute peur, toute émotion ou toute erreur risque paradoxalement de devenir prisonnier de sa propre volonté de contrôler. À l'inverse, lorsqu'il accepte que certaines choses puissent être imparfaites, il peut recommencer à mobiliser pleinement ses ressources sur ce qui compte réellement.
Accepter permet de ne plus avoir besoin que la réalité soit différente pour pouvoir agir. Le sportif n'a pas besoin que tout soit parfait pour jouer son jeu. Il peut jouer son jeu :
Avec la pression
Avec le doute
Avec l'enjeu
Avec une erreur précédente
Avec un adversaire qui résiste
Avec un score défavorable
Avec les émotions qui traversent son corps
L'objectif de la préparation mentale n'est donc pas nécessairement de faire disparaître ce qui dérange. Il peut être beaucoup plus intéressant d'apprendre à ne plus être empêché par ce qui dérange. C'est cette liberté qui permet progressivement au sportif de revenir à son jeu, à ses intentions et à ses ressources.
5. Entre ambition et acceptation : trouver le juste équilibre
Ces deux notions peuvent sembler contradictoires. D'un côté, le sportif doit être capable d'avoir une ambition forte, de rêver grand et de construire un plan d'action exigeant. De l'autre, il doit être capable d'accepter ce qui se présente à lui. En réalité, elles sont profondément complémentaires : l'ambition concerne la direction que l'on choisit, l'acceptation concerne la réalité que l'on rencontre sur le chemin.
Je peux vouloir atteindre un objectif extrêmement ambitieux tout en acceptant que mon parcours ne soit pas linéaire
Je peux vouloir gagner tout en acceptant que je puisse perdre
Je peux vouloir progresser tout en acceptant de ne pas être encore au niveau que je souhaite atteindre
Je peux avoir confiance dans mon projet sans avoir la garantie de son résultat
C'est précisément cette combinaison qui permet au sportif de s'engager pleinement sans devenir prisonnier du résultat. Il peut alors revenir à ce qui dépend réellement de lui : Quelle est mon ambition ? Quel est mon objectif ? Quel est mon plan d'action ? Et aujourd'hui, de quoi ai-je besoin pour jouer mon jeu ? C'est souvent à partir de ces questions que le travail mental prend tout son sens, car la performance ne consiste pas uniquement à atteindre une destination : elle consiste aussi à créer, jour après jour, les conditions permettant au sportif de s'engager pleinement dans son projet, tout en restant libre de jouer son jeu.
Prendre le risque de réussir
Définir véritablement son objectif, c'est accepter de regarder son ambition en face. Construire un plan d'action, c'est accepter de la traduire dans son quotidien. Et accepter la réalité, c'est se donner la possibilité de continuer à avancer lorsque le chemin ne correspond pas exactement à ce que l'on avait imaginé.
Le sportif peut alors sortir d'une logique dans laquelle il attend de se sentir parfaitement prêt, parfaitement confiant ou parfaitement serein pour agir. Il peut simplement apprendre à avancer avec ce qui est là. Et peut-être est-ce finalement cela, prendre le risque de réussir :
Oser définir ce que l'on veut vraiment
Oser construire les actions nécessaires pour s'en rapprocher
Accepter suffisamment la réalité pour rester libre de jouer son jeu lorsque la compétition commence