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Nicolas Doger
mise à jour le
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Dans le sport de haut niveau, on parle souvent de talent, de technique, de physique, de stratégie ou encore d'expérience. Mais il existe une dimension plus difficile à saisir : la capacité à jouer libéré lorsque l'enjeu devient immense.
Jouer libéré : de quoi parle-t-on ?
1. Jouer pour gagner sans être prisonnier de l'obligation de gagner
2. Accepter la possibilité de perdre pour retrouver sa liberté
3. Le rôle du préparateur mental : créer les conditions pour jouer son jeu
4. La liberté mentale ne signifie pas l'absence de pression
5. Ne pas attendre un événement difficile pour changer de regard
6. Jouer libéré, c'est pouvoir jouer son jeu
Jouer libéré : de quoi parle-t-on ?
Être capable de jouer son meilleur tennis, son meilleur football ou sa meilleure performance lorsque tout semble se jouer sur quelques points, quelques minutes ou quelques décisions constitue l'une des grandes différences entre le potentiel d'un sportif et sa capacité à réellement l'exprimer.
Jouer libéré ne signifie pas ne plus avoir de pression. Cela ne signifie pas non plus ne plus avoir peur de perdre, ne plus ressentir d'émotions ou se moquer du résultat.
C'est tout autre chose.
Jouer libéré, c'est être capable de donner le meilleur de soi alors même que l'enjeu est important.
C'est pouvoir accepter ce qui est en train de se passer, rester connecté à ce que l'on doit faire maintenant et continuer à jouer son jeu, plutôt que de se laisser enfermer par la peur du résultat.
Le parcours du Paris Saint-Germain sous la direction de Luis Enrique permet d'illustrer cette réflexion. Au-delà des résultats obtenus par le club, certaines attitudes managériales et certaines conceptions de la performance interrogent directement le travail réalisé en préparation mentale.
1. Jouer pour gagner sans être prisonnier de l'obligation de gagner
L'un des paradoxes de la haute performance est simple : plus on veut absolument obtenir un résultat, plus on risque parfois de perdre les conditions nécessaires pour l'obtenir.
Un objectif doit donner une direction. Il doit nourrir l'engagement, la motivation et l'action quotidienne. Mais lorsque « gagner » devient une obligation absolue, le résultat peut progressivement prendre toute la place.
Le sportif ne pense plus seulement à ce qu'il doit faire. Il pense à ce qu'il ne doit surtout pas arriver.
Il ne cherche plus uniquement à jouer son jeu. Il cherche à éviter de perdre.
Et cette différence peut être considérable.
Dans son approche du PSG, Luis Enrique a régulièrement placé le collectif, le projet de jeu et la cohérence de l'équipe au centre de son discours. L'idée n'est pas de nier l'ambition de gagner, mais de ne pas faire dépendre chaque action de la peur de l'échec.
C'est une distinction essentielle en préparation mentale. Un grand objectif peut être un moteur extrêmement puissant lorsqu'il donne du sens aux efforts du quotidien. Il devient beaucoup plus difficile à vivre lorsqu'il se transforme en obligation permanente.
Dans le premier cas, le résultat devient une condition. Dans le second, il devient une direction. Cette nuance permet de retrouver davantage de liberté dans l'action.
Une contradiction à éviter
Le sportif peut se retrouver dans une forme de contradiction : « Je veux absolument gagner, donc je dois réussir. » Alors qu'une posture plus fonctionnelle pourrait être : « Je veux gagner, donc je vais tout mettre en œuvre pour jouer au mieux. »
2. Accepter la possibilité de perdre pour retrouver sa liberté
L'un des sujets les plus importants que j'aborde dans mon travail de préparateur mental concerne l'acceptation. Accepter ne signifie jamais renoncer.
Accepter que l'on puisse perdre ne signifie pas accepter de mal jouer.
Accepter que l'adversaire puisse être meilleur ne signifie pas manquer d'ambition.
Accepter que certaines choses échappent à notre contrôle ne signifie pas abandonner.
Au contraire. L'acceptation permet de remettre son énergie là où elle peut réellement être utile.
Quand on refuse la possibilité de perdre
Lorsqu'un sportif refuse totalement la possibilité de perdre, une partie de son attention peut être mobilisée par cette lutte intérieure :
« Il ne faut pas que je perde. »
« Je dois absolument réussir. »
« Si je rate maintenant, c'est terminé. »
« Je ne peux pas me permettre cette erreur. »
Le problème n'est alors plus uniquement l'adversaire. Le sportif doit également lutter contre ses propres pensées.
Quand on accepte que la défaite fasse partie des possibles
À l'inverse, lorsqu'il accepte que la défaite fait partie des possibilités, il peut davantage revenir à ce qui dépend réellement de lui : sa décision, son engagement, son comportement, son attention, sa capacité à s'adapter.
C'est là que peut apparaître une forme de liberté : je peux vouloir gagner sans avoir besoin de gagner pour être capable de bien jouer. Cette différence est fondamentale.
Le travail du préparateur mental consiste notamment à permettre au sportif de construire cette capacité avant que la pression ne devienne trop importante. Il ne s'agit pas d'apprendre à ne plus ressentir. Il s'agit d'apprendre à fonctionner avec ce que l'on ressent.
3. Le rôle du préparateur mental : créer les conditions pour jouer son jeu
C'est précisément ici que le Coaching Mental prend tout son sens. Le préparateur mental n'est pas là pour apprendre au sportif à « penser positif » ou à répéter quelques phrases motivantes avant une compétition.
La préparation mentale est un véritable entraînement. Elle permet de travailler progressivement la relation que le sportif entretient avec ses objectifs, ses émotions, ses erreurs, ses pensées, son environnement, la pression et les situations auxquelles il est confronté.
L'objectif n'est pas de transformer le sportif en quelqu'un d'autre. Il est de lui permettre de mieux mobiliser ses propres ressources.
Comprendre ce qui se passe en situation à fort enjeu
Dans mon accompagnement, je cherche notamment à créer les conditions permettant au sportif de mieux comprendre ce qui se passe lorsqu'il entre dans une situation à fort enjeu.
Que se passe-t-il lorsqu'il commet une erreur ?
Que se passe-t-il lorsqu'il prend l'avantage ?
Que se passe-t-il lorsqu'il commence à douter ?
Que se passe-t-il lorsqu'il sent qu'il doit absolument gagner ?
Et surtout : de quoi a-t-il besoin maintenant pour continuer à jouer son jeu ?
Ce qui échappe au contrôle, et ce qui peut se travailler
Cette question est particulièrement importante, parce qu'en compétition, le sportif ne peut pas contrôler tout ce qui va arriver :
Il ne contrôle pas toujours le niveau de son adversaire.
Il ne contrôle pas l'arbitrage.
Il ne contrôle pas les conditions extérieures.
Il ne contrôle pas toujours ses sensations.
Mais il peut progressivement apprendre à identifier ce dont il a besoin pour retrouver son fonctionnement optimal. C'est là que le travail mental devient concret.
Le préparateur mental intervient en complément du travail de l'entraîneur, du préparateur physique et, lorsque cela est nécessaire, des professionnels de santé. Chacun conserve son rôle.
Mon objectif n'est pas de prendre la place de l'entraîneur. Il est de travailler sur une dimension spécifique de la performance : les conditions mentales qui permettent au sportif d'exprimer ce qu'il sait faire.
4. La liberté mentale ne signifie pas l'absence de pression
Il existe parfois une représentation trompeuse du « joueur libéré ». On imagine quelqu'un qui ne ressent plus rien : plus de stress, plus de doute, plus de peur, plus de pression.
Ce n'est pas la réalité du haut niveau.
Un sportif peut être extrêmement stressé et réussir à performer.
Il peut avoir peur et continuer à avancer.
Il peut douter et prendre une bonne décision.
Il peut ressentir une forte pression et malgré tout rester engagé dans son projet.
La liberté mentale ne consiste donc pas à supprimer les émotions. Elle consiste davantage à ne pas être dirigé par elles.
La Zone ou Flow
C'est aussi pour cette raison que la notion de Zone ou Flow est particulièrement intéressante. Dans cet état psychophysiologique, la performance peut devenir plus fluide, plus instinctive et plus efficiente. Le sportif n'a pas besoin de réfléchir à chaque geste. Il est davantage connecté à l'action, à ses sensations et à ce qu'il doit faire dans l'instant.
Mais cette liberté ne se décrète pas. Elle se construit. Elle se prépare. Elle s'entraîne.
Une différence fondamentale
Le sportif libéré n'est pas celui qui ne ressent rien. C'est celui qui peut ressentir beaucoup de choses sans que ces sensations prennent le contrôle de son comportement.
5. Ne pas attendre un événement difficile pour changer de regard
Certaines expériences de vie peuvent évidemment provoquer une prise de recul importante. Elles peuvent modifier les priorités, changer la perception d'un résultat ou permettre de relativiser certains enjeux.
Mais il serait dangereux de considérer qu'il faut nécessairement vivre une épreuve pour accéder à cette forme de liberté.
Le sport offre régulièrement des exemples de sportifs qui, après une période difficile, reviennent avec un autre rapport à la compétition. Le document initial évoquait notamment le parcours de Loïs Boisson et le travail de préparation mentale réalisé en amont de sa blessure.
Ce qui m'intéresse ici n'est pas de déterminer quel événement a « libéré » un sportif. C'est précisément l'inverse : pourquoi faudrait-il attendre qu'un événement nous oblige à relativiser pour commencer à travailler sur notre rapport à la performance ?
La préparation mentale permet justement d'anticiper ce travail. On peut apprendre à prendre du recul avant d'être confronté à une situation extrême :
On peut travailler l'acceptation avant une grande finale.
On peut apprendre à gérer l'erreur avant qu'elle ne coûte un match.
On peut clarifier ses objectifs avant que la pression ne devienne trop forte.
On peut apprendre à revenir au présent avant de se retrouver enfermé dans la peur du résultat.
C'est tout l'intérêt d'un accompagnement régulier. Le mental, comme le physique et la technique, se travaille avant d'en avoir absolument besoin.
6. Jouer libéré, c'est pouvoir jouer son jeu
Au fond, jouer libéré ne signifie pas jouer sans enjeu. Cela signifie être capable de jouer avec l'enjeu.
C'est accepter de vouloir gagner sans faire de la victoire une condition à sa liberté.
C'est accepter de pouvoir perdre tout en restant pleinement engagé.
C'est apprendre à revenir à l'instant présent lorsque le cerveau commence à se projeter vers le résultat.
C'est savoir reconnaître ses émotions sans leur laisser décider à sa place.
C'est également comprendre que la performance ne repose pas uniquement sur ce que l'on possède techniquement ou physiquement, mais aussi sur notre capacité à mobiliser nos ressources lorsque la situation devient exigeante.
Le rôle que je souhaite donner à mon métier
C'est précisément le rôle que je souhaite donner à mon métier de préparateur mental au sein de Coaching Mental Performance : accompagner le sportif dans la construction de cette liberté.
L'aider à mieux comprendre son fonctionnement.
L'aider à développer ses ressources.
L'aider à transformer la pression en information plutôt qu'en menace.
L'aider à accepter ce qu'il ne contrôle pas pour pouvoir investir pleinement ce qu'il contrôle.
Et surtout, lui permettre de construire cette capacité avant que les circonstances ne l'y obligent.
Ce que l'on cherche vraiment
L'objectif n'est pas de devenir un sportif qui ne doute jamais. L'objectif est de devenir un sportif capable d'avancer malgré le doute.
Pas de ne plus ressentir de pression, mais de savoir quoi en faire. Pas de supprimer la peur de perdre, mais de ne plus lui donner le pouvoir de décider comment jouer.
Jouer libéré, finalement, c'est peut-être simplement cela : accepter l'enjeu, accepter l'incertitude, et continuer à jouer pleinement son jeu.
À retenir
La performance durable ne naît pas nécessairement de l'absence de pression. Elle naît de la capacité à rester soi-même lorsque la pression est là. Et cette capacité peut se travailler.